Pourquoi j’ai quitté le salariat (on verra pour combien de temps) — #3 : ce que j’ai quitté n’est pas « le salariat ».
Ce dont je ne voulais plus, c’était
:
Un environnement et des conditions de
travail abrutissants :
Des contraintes horaires, même quand
tu as un contrat de “cadre au forfait” : viens on fait la course
à celui qui arrive le plus tôt et qui part le plus tard !
Un boulot qui me faisait végéter dans
les transports environ 3h par jour, histoire, en plus d’avoir
l’impression d’être une petite sardine dans sa boîte, de bien
m’imprégner de l’énergie “positive” de tous mes congénères
de train,
Le bonheur d’être assise derrière
un bureau, à la Défense, dans une grande tour abritant des milliers
de personnes qui ne se décochent plus un « bonjour », dans l’air
climatisé, d’aller manger le midi dans une sorte d’immense cave
résonnant du brouhaha des conversations.
Les relations et comportements humains
induites par cet environnement :
La hiérarchie, ou le syndrome du petit
chef à tous les étages,
Voir tant de personnes vraiment bien,
s’acharner à se faire suffoquer sous les horaires et la pression
pour se sentir exister dans un milieu anti-naturel. Et oui. Pour
avoir des sensations dans un environnement pareil, faut appuyer bien
fort sur le bouton à adrénaline pour ne pas trop se sentir mourir.
J’ai quand même côtoyé des gens qui se targuaient d’avoir fait
des nocturnes au bureau, ou de s’être littéralement effondrés en
allant chercher leur voiture au parking, comme de vrais faits de
guerre. Non mais sérieusement, je peux comprendre ça. C’est déjà
un refus de la plan-plantitude. C’est presque plus sain que de
faire le robot en mode métro-boulot-dodo à horaires fixes. Après,
vivre des faits pareils pour répondre aux exigences service de Dark
Vador, je sais pas, j’ai des petites résistances. Ça doit être
mon côté rebelle.
La sensation de béance intellectuelle
et de non-sens :
La réunionite, ou subir de manière
répétée cette façon que certains — bien trop nombreux - ont
de te faire sentir leur gros pouvoir en convoquant 25 personnes
toutes absolument indispensables en réunion sur un sujet auquel tu
n’entraves rien ou sur lequel tu as l’impression d’avoir déjà
tout dit,
De travailler pour des gros vilains,…
D’être un tout petit maillon de la
chaîne et de ne pas voir la finalité de ce que je faisais, le fruit
réel de mon effort,
De me sentir écrasée par le poids de
tous ces gens qu’il faut convaincre avant de pouvoir mettre en
oeuvre cette initiative de bon sens, à moins qu’il s’agisse de
changer l’ordre de tes colonnes dans ton tableau Excel (et
encore…!)
Ça va nous en faire, de la matière à
développer ! Youpi ! Ne désespérons pas. Cet épanchement n’a
pas pour but de déprimer ceux qui sont encore dans le circuit. A
ceux-là je dis les gars, vous n’êtes pas seuls. Parce qu’à
côté de ça, j’ai connu beaucoup de personnes réellement
géniales, précieuses, fragiles, humaines, dont certaines que je ne
faisais que deviner derrière le masque qu’elles devaient revêtir
tous les jours pour ne pas craquer, pour pouvoir continuer.
Non, je cherche juste ici à faire le
tri et à ne pas tout jeter de ma vie professionnelle passée.
Comprendre ce qui m’a tellement tuée à petit feu, de manière
aussi insidieuse, pour mettre en place les petites fondations de
demain, pourvu que cela soit utile à quelques autres.