Vous savez quoi ?
Parfois, quand je travaillais dans un
bureau, j’allais me promener dans un parc au lieu de déjeuner avec
des collègues ou amis.
Parfois, morte d’ennui ou terrifiée
à l’idée d’accomplir ce truc inintéressant qui figurait sur ma
to do list depuis des semaines, j’allais faire une sieste dans le
seul lieu qui permette de se cacher du regard des autres : les
toilettes. Ou me chercher un truc à manger, en croisant les doigts
pour ne pas rencontrer une personne avec laquelle je serai obligée
de discuter. Oh j’aimais beaucoup de mes collègues, et le contact
humain me redonnait un peu de sensation de vie. Mais je me sentais
tellement bizarre de faire ça, tellement coupable !
Parfois, si mon chef n’était pas là
et que je n’avais aucune réunion de prévue, je m’enfuyais du
bureau à une heure totalement inavouable. Oui, s’enfuir, c’est
bien le mot. Je pouvais prétexter une réunion sur un autre site
pour me justifier auprès d’un collègue, et je prenais soin de
prendre un chemin qui m’évite d’être vue de la fenêtre du
bureau.
Avez-vous déjà expérimenté une
chose pareille ? Pourquoi est-ce que je m’en sentais coupable alors
qu’on était plutôt content de mon boulot ? Pourquoi est-ce que je
ne pouvais pas simplement l’assumer ?
Et surtout : pourquoi je vous raconte
ça ? Pour que vous ne vous sentiez pas seul si vous expérimentez le
même phénomène. Pour qu’on en parle, que vous sachiez ce que ça
veut dire, ce qui se passe. Le sentiment de marginalité,
d’isolement, est terrible : au contraire, se mettre en réseau pour
trouver des solutions et partager des expériences pourra peut-être
faire bouger les lignes.