A la faveur de circonstances me
permettant de ne pas m’inquiéter de ma situation financière
pendant quelques temps (plan social dans un secteur plutôt riche !),
j’ai quitté en avril dernier la grosse boîte qui m’employait
depuis quelques années.
C’est le fruit d’une envie, devenue
nécessité, qui était née avant même d’avoir commencé à
travailler.
Dans le modèle que j’ai connu,
j’étais (bien) payée pour me rendre tous les jours au bureau à
la Défense et être là, produire parfois quelques trucs, participer
à beaucoup de réunions, occuper le terrain quoi.
Avant d’arriver dans ce circuit, j’ai
passé des années, bien avant d’avoir fini mes études ou même
obtenu mon bac, à attendre le jour heureux de mon indépendance
financière. “La liberté !” me disais-je… Alors, une fois ce
bien trop long cursus terminé, j’ai mordu à l’hameçon du
premier CDI qui s’est présenté.
J’avais bien connu quelques
divagations du type “je ne pourrai jamais travailler dans un
bureau, aux horaires de bureau” avant d’obtenir mon diplôme. Ou,
“jamais mettre un tailleur”, “jamais bosser dans le conseil ou
dans la finance”, “jamais faire de nocturnes au boulot”…
Pourtant, j’ai sauté à pieds joints et avec un beaucoup de
soulagement dans ce CDI qui m’assurait un revenu régulier.
Il y a des milliards de raison pour
lesquelles ça n’a jamais collé. J’y reviendrai. Celle dont je
veux parler aujourd’hui, peut-être la seule qui soit réellement
liée au statut de “salarié” : on me prend tellement, tellement
de mon temps de vie.
J’accepte, en échange de ce salaire,
de donner tout ce potentiel de vie et de vitalité. De mettre le
réveil et casser mon rythme de sommeil naturel, aller me tasser dans
le train ou le métro, y passer 1 à 3h par jour, m’enfermer dans
un bureau pour 8, 10, 14 heures, passer la journée assise sur une
chaise à laisser mes muscles se ramollir ou se tendre de manière
inadéquate, de tenter de me protéger de toutes ces agressions
“anodines”, de survivre sous toute cette pression, de me
transformer moi-même en parfait automate et de nier mes ressentis
pour répondre aux attentes… J’en passe.
En guise d’introduction à une longue
série d’articles, disons qu’au début, j’ai cru que c’était
le contenu du boulot qui ne me convenait pas. Ou le chef. Ou les
moyens mis à ma disposition. Alors j’ai changé souvent.
En filigrane, je n’en finissais pas
de me demander si j’avais un problème, moi, à ne jamais être
satisfaite. Et puis, j’ai repris le yoga, j’ai lu des bouquins de
développement personnel, et j’ai vécu de formidables aventures à
vélo. Je me suis reconnectée à ma part d’humanité.
Vendre mon temps pour faire quelque
chose qui m’enlève de la vitalité m’est devenu insupportable.
Je n’ai pas encore trouvé
l’alternative, j’ai quelques idées et du temps avant de ne plus
pouvoir subvenir à mes besoins. De ces neuf années je ne regrette
rien, elles m’ont donné le courage du désespoir, le courage de
refuser une situation qui me tuait à petit feu.